Slams

lundi 10 avril 2017
par  Véro
popularité : 3%

Contact : veronique.gourdinduprey@sfr.fr












 Le rivage aux coquillages

Par une fin d’après-midi,
j’ai ramassé sur le sable un petit coquillage.
Je voulais connaître son âge...
alors j’ai compté toutes ces petites ridules
en forme d’escadrilles
au bord de sa coquille,
elles révèlent en silence
dans une parfaite cadence,
le temps aux puissantes mandibules...
il est vrai qu’à chaque période de la vie,
les êtres vivants aiment à marquer leurs existences
dans leur physionomie.
Le bois met à découvert ses anneaux de croissances
les rides sur les visages
rendent hommage
à la conscience de l’âge
même les madeleines et leurs striures
mettent à feu dans l’embrasure
d’une mémoire toute engourdie
les années englouties...
Tout ce joli monde peut bien afficher les saisons
l’écoulement des jours peut bien nous pousser dans l’inclinaison
d’une vie parfois trop éphémère,
nous ne sommes pas dupe de ses raisons !
le temps se gargarise d’étaler des chimères
en nous perdant dans les méandres
de sa conjugaison
le futur devient le présent
qui bientôt deviendra le passé
(je mets au futur le mot devenir histoire de gagner un peu de temps),
le passé est passé mais les traces laissées
révèlent-elles réellement la réalité ?
le futur est-il déjà inscrit dans le présent
ou est-ce seulement la passerelle du passé en mouvement ?
Comment apprécier l’alliance
de ces instabilités
et, dans de telles circonstances,
ne pas s’exalter
dans cette valse à trois temps ?
La pérennité de la vie ne demeure que par les souvenirs,
les désirs incessants,
les corps mutants.
Il faut bien le dire :
le temps n’existe que pour faire affaire !
C’est pour ça qu’il tourne les pages
en abandonnant sur le rivage
les coquilles solitaires,
emportant avec lui,
le meilleur de la vie...

Véronicka GD

 Histoire de psy

L’autre jour, sans faire exprès,
j’ai allumé la télé.
Je dis sans faire exprès
parce que souvent,
on fait les choses sans y penser...
C’était l’heure des nouvelles...
le type causait, causait,
mettait en avant
des gens
qui décident de faire sauter les cervelles !
Celles des enfants, des orangs-outans,
celle de la culture...
il nous servait sa mouture
le sourire coincé aux commissures.
ça m’a donné envie d’gerber.
Je ne suis pas superwoman, wonderwoman ou superwonderwoman
je ne suis pas Dieu,
enfin y en a qui disent qu’on y est tous un peu...
en tous les cas, depuis ce soir là,
mon cerveau joue des maracas,
je traîne tous mes pas...
mon palpitant se met à tituber...
je ne pouvais plus rester comme ça, l’air hébété !
« Prends rendez-vous bébé », m’a dit mon dandy.
« Tu verras, il va t’aider... »
Alors j’ai pris rendez-vous un mardi après-midi.
Quand je suis arrivée,
du haut de ces 1 m 83,
le psy m’a demandé :
« T’as quoi toi ? »
Je lui ai tout raconté,
la télé qui radote,
tout ce qu’on nous fait porter
et qui n’est pas de notre faute,
tout ce qu’on veut changer
mais surtout qui faut pas
parce que le monde y tient comme çà...
il m’a regardé de haut en bas,
a planté ses yeux dans les miens,
et s’est exclamé :
« je sais ce qui ne va pas chez toi !
c’est ton ça qui déconne !
Il a rencontré ton surmoi
et met ton moi en émoi !
Mais moi, j’t’ai à la bonne ! »
Devant ma mine turlupinée,
Il m’a caressé la main en rajoutant :
« t’inquiète pas, c’est courant !
Je m’en vais te rafistoler ton inné
histoire de calmer ta psyché. »
L’homme m’a refilé un autre rencard,
a pris le gros billeton que j’ lui tendais,
et m’a donné sa carte au cas ou j’ l’oublierai...
il a bien fait, j’étais un peu dans le coaltar...
Le soir, j’ai hésité...
finalement, j’ai tourné le bouton de la télé.
Le lendemain j’étais déjà sur son divan.
Il a encore tenté de me rassurer en me disant
que mon ça et ses états pulsionnels
n’étaient que circonstanciels,
bientôt, j’arriverai à éclaircir mon surmoi,
pour réparer le désarroi de mon moi
et vivre en harmonie avec la seconde topique
qui finit par sortir sous une forme acnéique...
Ah oui ! J’avais oublié de vous l’signaler,
tout ça me donne des pustules,
qui ont causés aussi ma bascule...
Le psy m’a demandé de rallumer encore la télé,
fallait tester pour voir si j’allais mieux !
C’était comme un cercle vicieux...
la route du cabinet, je la connaissais par cœur.
Un soir, l’écran ne montrait que du noir.
Je lui ai parlé doucement,
fermement, puis indifféremment,
devant son silence
je l’ai considéré d’un air accusateur,
« dans ces circonstances »,
je lui ai dit « va te faire voir ! ».
Comme l’objet avait décidé de cesser de vivre,
j’ai repris mes livres,
de fil en aiguille, j’ai déserté le divan du psy
et viré mon dandy.
Depuis, j’ai rajouté des ouvrages à ma bibliothèque,
mon ça pulsionnel se défoule dans la peinture,
mon surmoi a ramolli sa droiture,
mon moi ne fait plus de bavures.
Enfin j’ai rencontré un amoureux dans une pinacothèque.
Ensemble, nous avons fait une ronde,
où ne passe aucune nouvelle du monde.

Moralité :
Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à l’égratignure de mon doigt.
David Hume

Véronicka GD


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